Partage de l’espace public

Le partage de l’espace public, comment ça marche?

« Animer une ville est d’abord animer une rue, ce sera alors pour le psychologue urbain, augmenter la densité des micro-événements par unité de surface, c'est à dire, éventuellement, favoriser leur occurrence et même les créer s’ils n’existent pas ». Ainsi s’exprimait Abraham Moles, directeur de l’institut de psychologie sociale de l’université de Strasbourg*…nous étions en 1978 !

Loin de ces principes, beaucoup de nos communes continuaient à bâtir des villes livrées à la voiture, éloignées des centres de vie, laissées à l’appétit de la promotion immobilière. Ainsi se créaient des grands ensembles et des immenses lotissements pavillonnaires gourmands en terres agricoles, la plupart de temps en zone périurbaine.

Les années ont passé. La perception humaine des espaces publics comme des rues piétonnes aura pris beaucoup de temps pour s’imposer. La fonction de passage, souvent privilégiée, aura longtemps effacé la fonction d’existence de la rue comme espace public majeur pour nos villes. La rue comme lieu de rencontres, d’échanges, de commerces.

Concernant ces derniers, la première mesure à laquelle nos sociétés doivent répondre de nos jours est la suivante : comment reconquérir les coeurs de villes après tant d’années de décisions d’abandon au profit de la ville périphérique surchargé de ses innombrables centres commerciaux sans âme ? Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons aborder la question du partage de l’espace public. En effet, comment faire cohabiter voiture, bus, vélos, trottinettes, piétons, landaus, personnes à mobilité réduite sur un espace qui n’est pas toujours extensible ? Comment animer nos rues, avenues, boulevards, places, avec des terrasses ouvertes ou fermées destinées aux bars, restaurants, commerces de bouche, etc. ? Comment offrir l’espace public aux habitants, les inviter à « habiter » et non simplement à se loger ? Comment détourner la voiture des centres de vie ? Comment renforcer l’offre de transport en commun ? (et non pas la réduire comme l’a montré récemment la mise en terminus Juvisy de la ligne de la vallée du RER-D).

Par ailleurs, cette diversité d’usages dans la ville, quand elle est rendue possible, impose que se mette en place une gestion participative du projet de mise en partage de l’espace public, associant les élus locaux, les services techniques, les associations locales, les usagers et les riverains commerçants. Puis, une fois le projet réalisé, il faudra encore le gérer, l’améliorer sans cesse, le faire vivre à partir d’une structure dédiée comme le préconisait A. Moles.

La ville à vivre

La rue comme lieu de rencontres, d’échanges, de commerces

 

Cela fait plus de 40 ans qu’experts, chercheurs, et élus travaillent sur ces sujets fondamentaux pour la ville à vivre. La communauté d’agglomération de Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart est-elle prête à travailler ainsi ? Jusqu’à présent les dossiers importants ne semblent pas avoir donné de signal positif dans ce sens, que ce soit pour le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET), destiné à préserver notre environnement, le Schéma de Cohérence Territorial (SCoT), outil d’aménagement urbain, ou tout autre projet susceptible d’améliorer la vie de nos concitoyens. Faut-il désespérer de vivre dans un territoire qui a pris tant de retard sur la façon d’aborder ces sujets essentiels ?

Une fois posés les principes qui permettent de co-construire un projet de partage de l’espace public pour la ville durable, nous traiterons dans la lettre de rentrée des liaisons douces, complément indispensable de la ville à vivre.

* « Livre blanc des arts de la rue » parution en 1979, Centre de Recherche et d’Urbanisme

Date de dernière mise à jour : 13/02/2020

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